07/12/2010

Elevage d'insectes à l'école: respectez les chenilles, coccinelles, escargots!

Les dérives de l'élevage d'insectes en classe: billet d'humeur d'une photographe nature qui garde en mémoire son passé d'enseignante

Le vert est tendance. La biodiversité fait vendre, est bien cotée au  marché des séquences à présenter lors de l'inspection redoutée. Je suis la première à m'en réjouir: je suis convaincue qu'il nous faut de toute urgence apprendre à respecter et préserver notre bonne vieille planète, et cette prise de conscience passe par la découverte dès le plus jeune âge de la richesse de notre terre, que ce soit la biodiversité de notre jardin ou la faune sauvage de pays plus lointains.

Conséquences de la "mode verte" dans les écoles? De plus en plus d'enseignants travaillent sur le thème des insectes et autres petites bêtes. Il faut dire que ce thème est très simple à mettre en place, et qu'une mouche au plafond de la classe peut servir de support inducteur. Jusque là, je ne peux qu'applaudir à toutes ces initiatives d'enseignants: ce sont de tels "petits pas" qui font réellement avancer les choses, bien mieux que ne le font ces grandes réunions au sommet, muselées par des enjeux économiques bien plus importants que tout enjeu écologique.

Pourtant, et heureusement rarement, certains projets "insectes et petites bêtes" ont de quoi mettre en colère. Je veux parler de l'élevage de ces insectes ou escargots, dans de mauvaises conditions.

L'histoire du terrarium oublié: la soupe à l'escargot!

Certains élevages sont relativement simples à mettre en place en classe: escargots, coccinelles, chenilles, phasmes... Et un tel élevage dans de bonnes conditions est une expérience d'une grande richesse pour les élèves. Seulement, il arrive que l'on respecte moins les escargots du vivarium que le lapin-nain de la classe: oubliés en plein soleil, délaissés pendant des vacances, et les pauvres escargots se retrouvent réduits à l'état d'une matière infâme au fond de leur bocal. Comment inciter nos élèves à respecter le vivant dans ces circonstances? Avant de mettre en place un tel élevage, il est important de réfléchir à toutes les contraintes que cela impliquera, de la même façon qu'on le ferait avant d'introduire un animal de plus grande taille.

Mais il n'y a pas que cette négligence dont j'ai hélas été témoin qui motive mon billet d'humeur du jour. D'autres facteurs sont aussi à prendre en compte, avant de se lancer dans l'élevage d'insectes.

Acheter un kit d'élevage: attention aux espèces invasives!

Un exemple: L'élevage de coccinelles:
On trouve facilement en vente des kits d'élevage de coccinelles. La plupart du temps, ils sont à destination des jardiniers qui cherchent un moyen écologique de se débarrasser des pucerons. Ces élevages de coccinelles peuvent facilement être introduits en classe, en particulier en extérieur. Seulement, il y a coccinelles et coccinelles! Et on trouve encore beaucoup trop souvent des kits de "coccinelles invasives": des espèces de coccinelles (comme la coccinelle asiatique) introduites en France, très vigoureuses, et qui finissent par présenter une menace pour les autres espèces de coccinelles. Et voilà comment un élevage plein de bonnes intentions se révèle assez peu "écolo". Alors, si vous envisagez d'acheter un kit d'élevage, n'hésitez pas à vous renseigner au préalable sur l'espèce d'insecte réellement contenue dans ce kit, et privilégiez absolument les espèces indigènes: celles qui sont présentes naturellement dans votre région.

Non au lâcher de papillons en hiver!

Un dernier motif à mon billet d'humeur du jour: les élevages à contre-saison. Un exemple? L'élevage de papillons en automne.
Elevage de chenille de papillon piéride en classe maternelle
éclosion d'oeufs de papillon piéride. Ces chenilles ne proviennent pas d'un kit d'élevage, mais sont photographiées en milieu naturel (mon jardin bio)

On trouve maintenant ici et là, sur la toile ou dans certains magasins nature, des kits d'élevage de papillons piérides. On reçoit les oeufs par la poste, et en suivant les conseils de l'emballage, on assiste à la naissance de petites chenilles, qui vont muer en chenilles plus grosses jusqu'à opérer leur transformation en jolis papillons blancs. C'est vrai que l'expérience est tentante et très intéressante en classe. Mais s'il vous plait, ne démarrez pas votre élevage à la mauvaise saison: pensez qu'une fois les papillons émergés de leur chrysalide, il faudra les libérer et ils devront trouver des sources de nourriture à l'extérieur. Comment expliquer à nos élèves l'intérêt d'un élevage de papillons, parler du cycle de vie et de la façon dont se nourrissent ces insectes, et justifier que l'on libère ces papillons en plein hiver dans une nature sans ressource? Il ne serait pas plus cruel de revenir à l'étude de papillons morts cloués sur les planches entomologiques.

Élevage d'insectes dans le respect de l'animal:


L'élevage en classe ne doit pas se réduire à un apport de connaissances scientifiques. Il doit avoir la double fonction de faire découvrir aux élèves le cycle de vie des animaux élevés, mais il doit aussi leur apprendre à respecter le vivant, et leur apprendre qu'une chenille ou un escargot est aussi respectable que tout autre animal de plus grande envergure.
Avant de vous lancer, n'oubliez pas de penser aux contraintes, de vérifier que vous n'élèverez pas une espèce invasive, et de respecter la saison et le cycle de vie de l'animal. Cette expérience n'en sera que plus riche et assimilable pour les enfants.
Et un grand merci à tous ceux qui enseignent à leurs élèves ou à leurs enfants le respect du vivant et la curiosité scientifique à l'égard de ces "petites bêtes" qui travaillent en secret à la fertilité de la planète.
Cathy Bernot
Photographe nature

élevage d'insectes à l'école, biodiversité et respect du vivant
Un papillon piéride du chou adulte a besoin de butiner pour poursuivre son cycle de vie et se reproduire à son tour. Ici, sur une fleur de knautie sauvage, en tête à tête avec une petite punaise.
Vous retrouverez toutes les activités "insectes et petites bêtes à l'école" en suivant le lien.

4 commentaires:

  1. tout à fait d'accord avec vous !
    il en est de même avec les élevages de têtards pourtant interdits mais que l'on voit encore dans les classes.

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  2. Un élève a apporté des tétards nous les avons vu grossir et à l'état de grenouilles nous les avons remis dans la mare d'origine ..

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  3. @ Créannie: Merci beaucoup pour votre commentaire. C'est vrai que l'on trouve encore ici et là des élevages de têtards alors que toutes les grenouilles sont protégées en France, avec bien sûr interdiction de prélever des tétards en milieu naturel, même si la motivation est pédagogique...

    @ Anonyme:Cela peut être l'occasion d'expliquer que l'on n'a pas le droit de prélever des tétards en milieu naturel. C'est toujours une source de stress pour ces animaux qui se raréfient de + en +. Et bravo pour les avoir avoir remis dans leur mare d'origine: dans un autre plan d'eau, ils n'auraient pas forcément les conditions nécessaires à leur survie.

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  4. Merci je souhaitais faire un élevage dans ma classe et votre petit mot me conforte dans l'idée qu'il faut apprendre aux enfants à respecter la nature et par conséquent ne pas faire n'importe quoi. Merci encore pour toutes ces bonnes informations et commentaires. Emilie

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